Comment accompagner la matrescence par le mouvement ?
Devenir mère transforme profondément le rapport au corps, au temps, à l’espace et aux autres. Ces changements peuvent s’accompagner d’émotions multiples, parfois contradictoires, qui ne trouvent pas toujours les mots pour s’exprimer.
Alors, comment accompagner la matrescence par le mouvement ?
Et si le mouvement pouvait offrir un espace pour explorer ce qui est en train de changer, plutôt que chercher à retrouver ce qui était avant ?
La matrescence : une transformation qui se vit aussi dans le corps
La matrescence désigne le processus de transformation qui accompagne le devenir mère. Elle ne concerne donc pas uniquement ce qui se passe autour de la naissance ou dans les premiers mois avec un bébé.
Devenir mère peut modifier notre manière d’habiter notre corps, notre temps, notre espace et nos relations.
Le corps change. Les habitudes changent. Les priorités changent. La manière de se déplacer dans son environnement peut changer elle aussi.
Parfois, des gestes autrefois simples demandent une nouvelle organisation. Porter un bébé, se pencher, se relever, dormir, marcher, danser, prendre soin de soi : le quotidien peut demander une autre disponibilité corporelle.
Le mouvement peut être une manière d’explorer cette nouvelle réalité.
Non pas pour corriger le corps ou retrouver une forme passée, mais pour découvrir ce qui est possible aujourd’hui.
Accompagner plutôt que chercher à retrouver « son corps d’avant »
Dans de nombreux contextes autour de la maternité, le corps est rapidement envisagé sous l’angle de la récupération : retrouver sa mobilité, sa force, sa silhouette ou ses habitudes.
Mais la matrescence invite à regarder le corps autrement.
Que se passe-t-il si nous considérons le corps comme un lieu de transformation plutôt que comme quelque chose à remettre en état ?
Une pratique de mouvement peut alors devenir un espace où une femme peut ressentir, observer, expérimenter et découvrir de nouvelles possibilités.
Il peut s’agir de mouvements très simples.
Changer la manière de marcher.
Explorer différentes façons de prendre de l’espace.
Sentir les appuis.
Jouer avec la vitesse.
Se rapprocher ou s’éloigner.
S’ouvrir, se contenir, ralentir, suspendre.
Il ne s’agit pas de produire une forme particulière, mais de créer les conditions nécessaires pour que chacune puisse rencontrer son propre mouvement.
Le mouvement comme espace pour les émotions
Les émotions font aussi partie de cette transformation.
La matrescence peut être traversée par de la joie, de l’amour, de la fatigue, de la vulnérabilité, de la frustration, de la colère, du doute ou de l’ambivalence.
Ces expériences peuvent parfois être difficiles à mettre en mots.
Le mouvement offre une autre voie d’expression.
Les émotions ne sont pas seulement quelque chose que nous pouvons raconter. Elles peuvent aussi être ressenties dans le corps et influencer notre manière de bouger.
Que se passe-t-il lorsque nous ralentissons ?
Lorsque nous retenons notre mouvement ?
Lorsque nous prenons davantage de place ?
Lorsque nous nous rapprochons ?
Lorsque nous nous éloignons ?
Lorsque nous passons d'un mouvement très contenu à quelque chose de plus expansif ?
Ces explorations ne cherchent pas à traduire mécaniquement une émotion par un mouvement précis. Elles permettent plutôt d'observer les relations possibles entre notre manière de bouger, notre ressenti et notre expérience.
Observer les qualités du mouvement
C’est ici que l’analyse du mouvement peut devenir particulièrement intéressante.
Dans mon approche, je m’appuie notamment sur les principes de Rudolf Laban pour observer les qualités du mouvement et mieux comprendre ce qu’elles peuvent ouvrir comme possibilités d’exploration.
Il ne s’agit pas seulement de demander : « Quel mouvement allons-nous faire ? »
Mais aussi :
Comment allons-nous le faire ?
Avec quelle relation au temps ?
À l’espace ?
Au poids ?
Au flux ?
Avec quelle sensation d’effort ?
Ces variations peuvent transformer profondément l’expérience d’un même geste.
Un déplacement peut être soutenu ou soudain. Direct ou plus flexible. Léger ou plus engagé musculairement. Continu ou interrompu.
Explorer ces contrastes permet d’enrichir les possibilités de mouvement et d’expression.
La relation à l’espace peut aussi changer
La matrescence peut modifier notre relation à l’espace.
Avec un bébé, l’espace autour de soi peut devenir un espace partagé. Les distances, les trajectoires, les appuis et les directions peuvent prendre une nouvelle importance.
Porter un bébé, par exemple, change la manière dont nous nous déplaçons et organisons notre corps.
Mais au-delà de ces adaptations concrètes, il peut être intéressant d’explorer :
Quelle place est-ce que je prends ?
Est-ce que je me sens libre de me déplacer ?
Est-ce que j’ai envie de m’approcher ou de m’éloigner ?
Est-ce que je peux encore me sentir grande, expansive, mobile ?
Est-ce que j’ai besoin de retrouver une sensation de limite ou de protection ?
Ces questions peuvent devenir des invitations corporelles plutôt que des questions auxquelles il faudrait nécessairement répondre avec des mots.
Créer des expériences plutôt que transmettre des mouvements
Pour les professionnel·les de la danse, du mouvement et de la périnatalité, cette manière de regarder le mouvement peut ouvrir de nouvelles pistes pédagogiques.
Au lieu de préparer simplement une succession d’exercices à transmettre, on peut réfléchir à l’expérience que l’on souhaite créer.
Quelle qualité d’attention voulons-nous inviter ?
Quelle relation à l’espace ?
Quelle possibilité d’expression ?
Quelle place pour l’imaginaire ?
Quelle place pour les émotions ?
Quels contrastes peuvent permettre à une personne de découvrir quelque chose de nouveau dans son mouvement ?
Le mouvement devient alors moins une réponse qu'une invitation à explorer.
Accompagner la matrescence, c’est aussi laisser de la place à ce qui n’est pas encore défini
La matrescence n’est pas une expérience uniforme.
Chaque femme arrive avec son histoire, son corps, ses ressources, ses représentations de la maternité et sa manière singulière de vivre cette transformation.
Une proposition de mouvement peut donc difficilement être pensée comme une recette valable pour toutes.
Ce qui peut être intéressant, c’est de développer une capacité à observer, écouter, adapter et créer.
À partir de là, le mouvement peut devenir un espace où quelque chose peut se transformer sans avoir besoin d’être immédiatement nommé.
Aller plus loin
C’est précisément cette approche que j’explore dans La Danse de la Matrescence, une formation individuelle en ligne destinée aux professionnel·les du mouvement, de la danse et de la périnatalité.
Nous explorons notamment les qualités du mouvement, les émotions, l’observation, l’imaginaire et différentes méthodologies de création pour concevoir des expériences de mouvement adaptées aux réalités de la matrescence.
→ Découvrir La Danse de la Matrescence
Si tu souhaites plutôt approfondir l’utilisation du mouvement comme outil d’exploration et d’expression émotionnelle au-delà de la maternité, tu peux également découvrir La Danse des Émotions.